The Stations of the Cross

Voyage entre les mondes

Vivre ici, dans l’Aude, entre les hauts sommets des Pyrénées et une côte méditerranéenne sans cesse battue par les vents, c’est se sentir posé en équilibre entre deux mondes.

Je veux rendre hommage à la magie de cet endroit. Le voyage artistique que je vous présente commence par des aquarelles fluides qui font écho à la nature et ses paysages, mais alors il se poursuit et nous entraîne vers des œuvres réalisées sur de grandes toiles plus travaillées qui sont achevées dans l’atelier.

Pratiquement toutes les oeuvres exposées ici sont nées du spectacle de lieux singuliers à des moments précis de l’année, des endroits qui se situent pour beaucoup non loin de mon atelier de Pauligne. Voici l’hommage que je rends aux reliefs abrupts et arides des Corbières et aux lignes régulières que dessinent les vignes dans ce paysage tellement façonné par la main de l’homme.

La présence de l’homme dans ce paysage m’a ensuite conduit à réunir deux thèmes qui n’ont, apparemment, rien à voir, les voies ferrées et la religion. Je prends régulièrement le train pour aller enseigner, et c’est en regardant par la fenêtre du train, un jardin privé près de Castelnaudary que des fresques de Giotto et Masaccio me sont revenues en mémoire: je me suis senti perdu. C’était comme si je voyais devant mes yeux un jardin d’Eden et la représentation du mythe de notre bannissement du paradis. Ce qui m’a également frappé c’est que le monde en mouvement que j’observais depuis la fenêtre du train était une métaphore en soi de la fuite du temps et des instants fugaces qui constituent nos vies, ou de l’impression que tout fuit et s’enfuit.

Puis, il y a aussi les signes et les marques des événements sombres de notre histoire. C’est au moment où elle vit Adolf Eichmann en chair et en os, qu’Hannah Arendt décida de consacrer un ouvrage, comme on le sait, à “la banalité du mal”. Témoignage poignant de cette banalité, le wagon de marchandise de la gare de Bram est un monument qui commémore l’horreur silencieuse de la déportation des Juifs vers Auschwitz. L’évocation d’une telle atrocité par la présence quotidienne et banale de ce matériel ferroviaire a inspiré mon tableau Le Massacre des Innocents.

Même lorsque nous sommes tranquilles, nous sommes toujours en mouvement. Le monde défile sous nos yeux tout au long de notre voyage,  nous sommes sans doute renfermés sur nous-mêmes et focalisés sur notre trajet mais unis par des origines et un destin communs, non pas comme des passagers mais comme des frères et soeurs plus ou moins éloignés.

Mark Brasington (traduction par Charlotte Rault)

Drawings for the Stations of the Cross

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